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La tribune du Digital: L’intelligence artificielle n’existe pas vraiment

Par Rachid GUERRAOUI | Edition N°:5983 Le 06/04/2021 | Partager

Rachid Guerraoui est professeur d’informatique à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) où il dirige le Laboratoire de Calcul Distribué. Il a été élu professeur au Collège de France, ERC (European Research Council) Senior par la Commission européenne et Fellow par l’«Association for Computing Machinery» (Etats-Unis). Docteur de l’Université de Paris Sud, il a travaillé chez HP à la Silicon Valley et au MIT à Boston. Il fait partie du top 1% des chercheurs les plus influents au monde classés par l’Université Stanford. Rachid Guerraoui est également membre de la Commission spéciale sur le Modèle de Développement (Ph. RG)

Quand Blaise Pascal fabriqua une machine capable d’effectuer des additions, certains crièrent au miracle. D’autres à la sorcellerie. On raconte même que des prêtres ordonnèrent de brûler tous les exemplaires de sa Pascaline.  Le chef d’accusation était implacable: l’addition est une opération mathématique que seuls les humains étaient capables de réaliser. Imiter l’humain était l’œuvre du diable. Cette machine était capable d’intelligence maléfique. D’intelligence artificielle.

L’intelligence artificielle est la capacité d’une machine à résoudre un problème que seuls des humains pensaient résoudre. Il s’agit donc d’une notion subjective et éphémère.  Nous nous sommes habitués à ce que certaines tâches soient désormais effectuées par des machines alors qu’elles nous semblaient réservées à des humains il y a quelques siècles, voire parfois même quelques années. Plus personne aujourd’hui ne parlerait d’intelligence artificielle en regardant sa calculette. Et pourtant c’était le cas il y a quelques siècles.

Pendant la guerre froide, Américains et Soviétiques rivalisaient sur le terrain de l’intelligence. Et l’intelligence était entre autres matérialisée par le jeu d’échecs, introduit en Occident par les Abbassides qui lui conférèrent sa terminologie arabo-persane («cheikh mat» pour la mort du «cheikh», ou «shah» dans «shah-tranje»).  Les américains étaient largués et à part Bobby Fisher, les champions du monde étaient soviétiques. Mais inspirés par les travaux d’Alan Turing, concepteur du premier algorithme de jeu d’échecs, des chercheurs de l’Université de Carnegie Mellon fabriquèrent avec l’aide d’IBM, Deep Blue, une machine qui a pu battre le célèbre Kasparov en 1996.

La surprise était énorme. Des membres du KGB accusèrent même Kasparov d’avoir «vendu le match» tellement il était inconcevable qu’une machine puisse faire preuve d’une telle intelligence, qui plus est artificielle. Aujourd’hui, on peut télécharger sur son téléphone un logiciel pouvant battre les cent meilleurs joueurs du monde en même temps. On ne parle plus d’intelligence.

Des machines capables d’intuition

Trois décennies plus tard, c’est un autre jeu qui fut apprivoisé par les machines: le jeu de Go. A la différence des échecs, le nombre de stratégies possibles au Go est tellement immense qu’il est impossible pour une machine, aussi puissante soit-elle, de toutes les évaluer. Alors même qu’après chaque coup aux échecs, il suffit d’évaluer quelques centaines de stratégies pour choisir précisément le meilleur coup suivant, il faudrait en évaluer des centaines de milliers au jeu de Go. L’espace de recherche est en fait plus grand que le nombre d’atomes dans l’univers. Utiliser les mêmes techniques que pour les échecs était impossible.

Il fallait utiliser autre chose: l’intuition. Et on pensait que les machines en étaient incapables. Et pourtant, Demis Hassabis et son équipe de Deepmind réussirent à développer un algorithme essayant des coups au hasard et apprenant de ses erreurs. Son algorithme put battre le champion du monde de jeu de Go en 2016. Alors que la première version de l’algorithme s’était en partie inspirée de stratégies utilisées par plusieurs champions, les nouvelles versions apprennent toutes seules. Partant des règles du jeu, elles jouent contre elles-mêmes des milliards de parties, essaient au hasard de nouveaux coups, se souviennent des parties gagnantes et développent leur propre «intuition». Elles font preuve d’intelligence.

On a pensé que le mensonge était le propre de l’humain,
on s’est trompé!

Là aussi. En 2019, le logiciel Pluribus a battu les meilleurs joueurs de Poker à Las Vegas. L’algorithme sous-jacent bluffait, comme le font les joueurs de Poker. Il faisait même cela beaucoup mieux puisqu’il réussit à les battre. On a aussi pensé que l’art était le propre de l’homme, et que des tableaux tels que ceux de Rembrandt ou des symphonies telles que celles de Beethoven ne pourraient jamais être créées par des machines. Nous étions naïfs.

Analysant des centaines de tableaux de Rembrandt, un algorithme a pu produire un tableau qu’aucun expert mondial n’a pu distinguer d’un vrai tableau du grand maître. Un autre algorithme a pu compléter la 10e symphonie de Beethoven. Les techniques algorithmiques sous-jacentes ont permis par ailleurs de développer des logiciels qui arrivent à partir d’une photo d’un grain de beauté à prédire la probabilité d’un mélanome beaucoup mieux que la meilleure équipe de dermatologues du monde. On parle encore d’intelligence artificielle quand on parle de ces algorithmes. Puis on réservera ces mots à d’autres algorithmes.

En fait, l’intelligence artificielle n’existe pas vraiment. En tout cas pas longtemps. Ce sont des mots que l’on associe à une nouveauté. Puis l’effet de mode passe. Un peu comme quand on parle d’une «musique de jeunes». Les jeunes finissent par vieillir. Ce qui existe, ce qui reste, ce sont des algorithmes sur des réseaux de machines. Ils nous surprennent parfois. Puis on s’habitue.

Que pourraient faire des algorithmes pour nous surprendre aujourd’hui au point d’appeler leur prouesse de l’intelligence artificielle? Ils pourraient fabriquer très facilement et très rapidement un vaccin après chaque apparition d’un nouveau virus…

                                                                             

L’IA dans un transat

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Installez-vous confortablement dans un transat, et laissez-vous conter l’étonnante histoire de l’intelligence artificielle, ainsi que les espoirs et les craintes qu’elle suscite.

Des premières idées du génie anglais Alan Turing aux capacités affolantes des ordinateurs quantiques, et aux promesses de l’intelligence artificielle, les progrès sont immenses, mais les obstacles encore nombreux.

Au moment de quitter votre transat, vous ne regarderez plus votre ordinateur de la même manière...

 

 

 

 

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