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Doctorat: Préparer sa thèse: Le parcours du combattant

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:6032 Le 15/06/2021 | Partager

Une thèse, c’est au minimum trois ans de dur labeur. Mal encadrés, perdus et ne disposant que de peu de moyens, la majorité des doctorants finissent pas abandonner (Lire article). La première année est décisive, elle détermine la suite de tout le parcours doctoral. Pour bien démarrer dans la recherche, des enseignants-chercheurs de renommée nationale et internationale partagent leurs conseils.

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■ D’abord, le vouloir vraiment

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Ne devient pas chercheur qui veut. Cela suppose de la technicité, du sérieux, du désir et de la curiosité profonde, selon Fouzi Mourji, enseignant-chercheur à la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Aïn Chock de Casablanca, et l’un de ses illustres économistes. Avant de s’inscrire en doctorat, il est important de s’assurer de le vouloir vraiment, d’en avoir la vocation. Surtout qu’un parcours doctoral est loin d’être une sinécure! La majorité de ceux qui s’engagent dans ce projet uniquement pour obtenir le prestigieux diplôme, ou satisfaire leurs proches, finissent par décrocher. Ils ne sont tout simplement pas faits pour être chercheurs. Certains ne s’en rendent compte que trop tard, après avoir perdu 2 ou 3 ans de leur vie. «Il est important d’être honnête avec soi-même. Et quand on rentre dans ce domaine, on ne compte pas le temps, on s’y engage à fond!» insiste Fouad Bentiss, enseignant-chercheur à la faculté des sciences d’El Jadida, expert des matériaux, classé par Stanford University parmi les 2% de chercheurs en sciences les plus impactants au monde.

■ Mieux vaut bien choisir son encadrant
Pour réussir votre thèse, il est impératif de bien choisir votre encadrant, celui qui va vous accompagner des années durant dans votre projet de recherche. «Malheureusement, les étudiants s’inscrivent en général à l’aveugle. Or, la qualité de l’encadrant, à la fois sur le plan scientifique et humain, est décisive dans la réussite du parcours doctoral. Il faudrait se renseigner sur ses publications, ses références, sa spécialité, le nombre de thèses encadrées… C’est facile aujourd’hui de le faire via des sites spécialisés, à l’instar de Google Scholar. Il est aussi utile de se renseigner auprès des étudiants ayant déjà travaillé avec lui», conseille Adnane Remmal, enseignant-chercheur à la faculté des sciences de Fès, expert reconnu à l’international en microbiologie et pharmacologie. Il est important d’opter pour un profil présentant le moins de risques de «dérapages humains». Il faudrait également vérifier le nombre de thésards qu’il chapeaute déjà. S’il en a plus de 8, il y a de fortes chances qu’il n’ait que peu de temps à consacrer à de nouveaux étudiants. S’il s’aventure dans un sujet sur lequel il n’a encore jamais travaillé, mieux vaut ne pas en payer les frais si jamais la reconversion ne marche pas. «L’étudiant gagnerait à s’assurer de la compétence de son encadrant, qui devrait aussi posséder un laboratoire doté du minimum requis, autrement, le doctorant pourrait être amené à acheter lui-même ses outils de travail!» prévient Remmal. Ceci est surtout valable dans les filières scientifiques nécessitant de réaliser des expérimentations. «Travailler avec un encadrant jouissant de relations à l’international et menant des collaborations avec des laboratoires étrangers garantirait une expérience plus enrichissante, et ouvrirait des opportunités de stages, de bourses et de participation à des congrès internationaux, et même de décrocher un post-doc», souligne pour sa part Fouad Bentiss. La majorité des thèses qu’il encadre est menée en codirection avec des laboratoires français. «Assurez-vous aussi de travailler avec un encadrant qui est à la pointe de la recherche, et qui va veiller à ce que vous fassiez les bonnes lectures pour acquérir l’état de l’art, et non quelqu’un qui travaille avec les références des années 60 ou 80», insiste Hamid Bouchikhi, doyen de SolBridge International School of Business (Corée du Sud), et l’un des théoriciens les plus influents en management à l’international (Thinkers50).

■ Réussir ses premiers pas dans la recherche
La première année, les étudiants, plein de doutes, sont souvent perdus. Par quoi commencer? «D’abord, il faut absolument appartenir à un groupe. L’erreur à ne pas commettre est de préparer sa thèse en solitaire. En 1re année, il est important de s’intégrer à la dynamique du laboratoire, aller à la rencontre des autres doctorants, notamment ceux en 2e et 3e année pour développer un esprit de groupe», conseille Doha Sahraoui, enseignante-chercheuse à la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Marrakech, experte en genre et diversité. «Après l’inscription, il ne faut pas baisser les bras, car ça commence à peine! Premier réflexe, lire énormément, notamment sur les outils méthodologiques et non sur le sujet en lui-même. Ceci est surtout valable pour les profils non issus de formations préparant à la recherche. Ce sont ces outils qui permettent de comprendre le sujet», poursuit-elle. Durant cette phase, le doctorant a intérêt à ne pas «disparaître». Il gagnerait à être proactif et à ne pas hésiter à solliciter son encadrant, même en dehors des rendez-vous fixés, selon la chercheuse qui insiste sur le suivi régulier et sur l’autodiscipline des doctorants, au final seuls responsables de leur parcours.
Une préparation mentale est nécessaire. «Une thèse de doctorat est un véritable parcours du combattant. La réalité de ce parcours est très loin de la représentation linéaire que l’on se fait. C’est tout sauf un long fleuve tranquille où il suffirait de suivre X étapes pour ensuite empocher son diplôme», relève Hamid Bouchikhi. «Quand on s’engage dans un doctorat, on s’inscrit dans une aventure passionnante, exaltante, permettant d’apprendre de nouvelles choses. Toutefois, on y rencontre plein d’obstacles. Pour aller jusqu’au bout, il faut avoir le cuir épais, avec beaucoup de persévérance et de résilience», ajoute-t-il.  

■ Pour apprendre la méthodologie, lire, lire et lire!

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Difficile de saisir et de s’approprier les outils méthodologiques de la recherche scientifique en se contentant de formations ou de cours sur le sujet. Surtout si vous n’êtes pas passé par un master recherche auparavant. Tous les chercheurs contactés par L’Economiste sont unanimes: pour maîtriser les outils méthodologiques, il faut lire, lire, et lire! «Il ne s’agit pas d’une lecture en diagonal, mais d’analyser les textes du premier au dernier mot. L’introduction est souvent riche en informations. On peut regarder les techniques et méthodes utilisées, s’en inspirer, et pourquoi pas les critiques, voir comment les résultats sont traités et présentés, lire les discussions. Pour devenir poète, il faut lire au moins 1.000 poésies. Pareil pour la recherche!» explique Adnane Remmal. Rien de mieux donc que de viser des articles scientifiques de revues indexées pour s’en inspirer. «Si vous lisez 20, 30 ou 40 publications de bonne qualité sur votre sujet vous ne manquerez pas de méthodologie. Cela vous aidera aussi à cumuler une base de connaissances fondamentales sur la thématique. On ne peut créer dans un domaine qu’on ne maîtrise pas», souligne le microbiologiste qui justifie de plus de 35 ans d’expérience dans la recherche. En parallèle aux lectures scientifiques, les articles de presse pourraient compléter les informations récoltées, pour être au fait des dernières évolutions liées au sujet choisi, ainsi que des enjeux (économiques, sociaux, politiques, médicaux…) qui y sont liés. Remmal recommande de «décloisonner son esprit».
Même les chercheurs chevronnés sont tenu de se mettre sans cesse à jour en termes de méthodologie. «Durant les 15 dernières années, nous avons assisté à une énorme avancée en outils méthodologiques. Moi-même je m’impose une lecture de 2 à 3 heures par semaine sur le sujet pour être au diapason des dernières évolutions. Ce n’est plus comme avant où l’on n’avait que quelques outils standards que tout le monde pouvait s’approprier. Aujourd’hui, chaque six mois vous avez un outil avec le logiciel correspondant», confie Doha Sahraoui.

■ Se dédier à 100% à son projet    

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La recherche, c’est du temps et de l’énergie. Le scénario idéal est de s’y consacrer à 100%. Difficile de s’en sortir en étant en même temps salarié ou fonctionnaire, et en ne s’y attelant que le soir et les week-ends, hormis quelques exceptions. «Certaines personnes, avec une grande capacité de travail et préparant une thèse en lien avec leur activité, peuvent capitaliser sur leurs connaissances et leurs réseaux. Là, ça pourrait marcher. Quand le sujet traité n’a rien à voir avec l’activité professionnelle, je ne pense pas que l’on puisse y accorder suffisamment de temps», relève Hamid Bouchikhi. Un avis partagé par Fouzi Mourji. «Les doctorants doivent travailler à plein temps sur leurs thèses. Les rares cas où des salariés ont produit de bonnes thèses concernent des profils dont le sujet de recherche est lié à leurs tâches quotidiennes. Dans notre équipe, nous trouvons un financement pour nos chercheurs, au niveau interne ou externe, mais nous exigeons qu’ils travaillent à plein temps», partage-t-il.

                                                                       

Pour ne pas se piéger, un sujet avec une application concrète

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Le doctorat ne devrait pas être un objectif en lui-même mais un moyen pour atteindre un objectif professionnel, selon Adnane Remmal. Tous les lauréats de ce titre ne pourront pas intégrer l’enseignement supérieur. Il est donc important de choisir un sujet permettant d'ouvrir plusieurs portes professionnelles. «La recherche devrait être réalisée en collaboration avec des entités externes à l’université, et en ce sens, elle devrait avoir une dimension appliquée», recommande Fouzi Mourji. Cette dimension appliquée offrirait une application concrète de la recherche et permettrait plus d’opportunités sur le marché de l’emploi. «Un thésard doit être en mesure de montrer à un industriel qu’il est aussi compétent qu’un ingénieur, ou plus, dans son domaine. S’il ne décroche pas un travail, il peut monter son business ou devenir consultant. Le sujet de thèse doit avoir deux composantes: une application concrète, et une réponse à un besoin de l’environnement socioéconomique. Autrement, c’est un mauvais sujet!» estime Remmal. En 2019-2020, le microbiologiste a supervisé la soutenance de 12 thèses, toutes en lien avec le monde socioéconomique. Ses doctorants, ayant collaboré avec des industriels, ont tous pu être embauchés, certains, avant même leur soutenance, selon ses confidences.
«Il est normal qu’au bout de 6 ou 9 mois on se rende compte qu’on n’est pas sur le bon sujet, ou pas avec le bon encadrant. Il faut donc être prêt à changer de fusil d’épaule. Dans un bon dispositif d’encadrement, il est possible de détecter ces problèmes d’aiguillage et de rediriger le thésard», fait remarquer Hamid Bouchikhi. «En recherche, on sait par quoi on commence, mais on ne sait pas par quoi on termine. Cependant, il faut disposer d’un objectif, d’une mission», lance Remmal. 

                                                                       

Combien de temps pour la phase lecture?

Dans le laboratoire de Adnane Remmal, les doctorants se dédient entièrement à la lecture de publications scientifiques pendant les 6 premiers mois, dont ils font des présentations régulières. «Si après ce délai le doctorant n’arrive toujours pas à cibler sa problématique et à proposer des voies pour une solution, car la recherche c’est trouver une solution à un problème, alors il n’est probablement pas fait pour cette tâche», estime Remmal.
Pour Doha Sahraoui, toute la première année est une phase «d’accumulation de connaissances, et non de production». «Durant ce processus, le doctorant a l’impression de ne pas avancer. Or, cette étape est déterminante, sinon, il sera incapable de produire par la suite», insiste la chercheuse en genre et diversité. «Pour arriver à réaliser sa  thèse en 3 ou 4 ans, au moins 6 à 8 heures de lecture par jour sont nécessaires. Et il s’agit d’une lecture analytique de la manière dont le sujet est traité, avec des fiches de synthèse structurées», conseille-t-elle. Des logiciels, désormais populaires auprès des chercheurs (Zotero, Mendley, Endnote…), permettent de simplifier cette tâche, avec la possibilité de classer les documents lus, d’intégrer des synthèses et d’enregistrer les références (auteur, année, maison d’édition…). A la fin de la thèse, la bibliographie peut être exportée selon les normes académiques. Les logiciels peuvent même proposer des articles en fonction des centres d’intérêt du chercheur.  
Le temps à consacrer à la lecture ne fait pas l’unanimité. Pour Fouad Bentiss, 3 mois sont «largement suffisants» pour s’imprégner du sujet, réaliser une synthèse bibliographique et trouver des pistes de traitement de la problématique. Toutefois, il faudrait être auparavant passé par un master recherche. «La lecture doit être qualitative et non quantitative», souligne l’expert en corrosion des matériaux. Généralement, des séminaires d’introduction à la méthodologie scientifique sont organisés par les laboratoires la première année. En France, ils sont assortis de crédits à cumuler par les étudiants.
Si le doctorant n’est pas passé au préalable par un master recherche, Hamid Bouchikhi préconise également une année pour s’approprier l’épistémologie, la méthodologie et l’état de l’art dans le domaine ciblé. «S’inscrire d’abord en master recherche permettrait de gagner du temps et d’acquérir le bagage nécessaire pour attaquer la thèse», pense-t-il.

Ahlam NAZIH

 

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