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«Besoin d’une révolution entrepreneuriale!»

Par Tilila EL GHOUARI | Edition N°:6037 Le 22/06/2021 | Partager
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Mehdi Alaoui, vice-président de l’Apebi: «Le Maroc doit prendre le pari du numérique et de l’entrepreneuriat, il n’a pas d’autres choix. C’est le seul moyen d’apporter une équité sociale, de la justice, de la transparence, et de redonner confiance à nos jeunes»  (Ph. M.A.)

L’entrepreneuriat figure parmi les principaux axes de développement au Maroc. Le nouveau modèle de développement (NMD) en souligne toute l’importance. «L’Etat ne peut plus créer autant d’emplois qu’avant et les entreprises ont atteint leurs limites. Il faut pousser les jeunes à créer leur propre job», souligne Mehdi Alaoui, CEO de la startup Lafactory, également vice-président de l’Apebi (Fédération des technologies de l’information de télécommunication et de l’offshoring). Pour les encourager vers cette voie, plusieurs freins doivent être levés.
 
- L’Economiste: La crise pandémique a mis l’économie mondiale à rude épreuve. Comment a-t-elle impacté l’entrepreneuriat et l’innovation?
- Mehdi Alaoui:
Effectivement, la crise pandémique a impacté tous les secteurs. Pour les entrepreneurs qui venaient de démarrer leur projet, le coup a été dur, car ils venaient d’investir et tout s’est brusquement arrêté. Avec une maigre trésorerie (d’un ou deux mois), le contexte ne leur a pas laissé d’autres choix que de capituler et d’attendre que le climat économique aille mieux. En revanche, pour ceux opérant dans des secteurs «propices», comme le e-commerce, la health-tech, la logistique, l’edtech..., la crise a été bénéfique. A mon sens, le mot d’ordre aujourd’hui est l’agilité. La crise est là, le monde ne sera plus jamais comme avant. Il faut changer de business model ou de métier, en tout cas, faire en sorte de continuer à survivre.
 
- Comment les startuppeurs peuvent-ils tirer profit des changements économiques actuels?
 - Il faut d’abord une prise de conscience globale de la part des citoyens, du gouvernement, des entreprises…, de la nécessité du numérique. Comme tout le monde a pu le constater, il n’y aurait pas eu de vie sans numérique, surtout pendant le confinement. Cela commence à prendre puisque le numérique est devenu stratégique dans le plan de développement du Maroc. La deuxième étape est l’opérationnalisation. Certains secteurs ont en profité, comme celui de la santé. Des opérateurs ont également pu prendre de l’ampleur, à l’instar de la plateforme DabaDoc qui a récemment accueilli dans son tour de table Orange Middle East and Africa et AXA Assurance Maroc, pour une prise de participation majoritaire.

- Le NMD insiste sur l’entrepreneuriat et l’innovation. Quelles sont les propositions de l’Apebi dans le domaine?
- Nous avons publié un rapport un an avant la sortie du rapport sur le NMD. Il s’agit du Pacte Maroc Digital que nous avons élaboré avec plusieurs acteurs. Nous y proposons tout un dispositif pour encourager l’entrepreneuriat et l’innovation, et y avons décliné des actions très claires et précises, parmi lesquelles: un congé d’un an payé par l’Etat au profit des salariés souhaitant entreprendre, avec la possibilité de reprendre leur job si jamais ils ne parviennent pas à monter leur projet. Le coût de ce congé reste accessible, avec 10.000 DH maximum par personne, soit 120.000 DH/an. Le rapport préconise aussi des avantages fiscaux en allégeant l’IS et l’IR pour stimuler l’emploi. Il y a aussi le crédit d’impôt recherche en jeu depuis 10 ans. Les solutions sont là mais il faut que l’Etat prenne son courage à deux mains et les mette en œuvre. Ce sont des mécanismes qui existent partout dans le monde, pourquoi le Maroc tarde-t-il à les actionner?
 
- Que faudrait-il donc faire?
- Aujourd’hui, nous avons besoin d’une révolution entrepreneuriale car l’Etat ne peut plus créer autant d’emplois qu’avant, et les entreprises de la place ont atteint leurs limites. Il faut donc pousser les jeunes à créer leur propre job et même à embaucher à leur tour. Cela est possible grâce à l’innovation, qui permettrait de tirer vers le haut tous les secteurs. Néanmoins, à condition de disposer d’une main d’œuvre hautement qualifiée et de faciliter le upskilling ou la reconversion des compétences. Il faudrait également former la jeunesse et investir dans le numérique. Mon vœu le plus cher est de voir un modèle de développement digital pour le pays.
 
- Pensez-vous que le Maroc puisse réussir le pari numérique?
- Le numérique c’est des jeunes et des moins jeunes qui transforment l’économie du monde entier. Prenez l’exemple d’Uber, d’AirBnb, de Tesla ... Ils n’ont pas fait que transposer ce qui existait dans le digital, mais grâce au numérique, ils ont changé les business models, ils ont agrandi les marché et créé de l’emploi. C’est cette révolution qui nous attend. Nous avons deux choix: s’investir dedans à 1.000% en espérant appartenir au groupe des pays leaders dans le futur, ou tomber au fond du gouffre. Nous disposons de tout ce qu’il faut pour réussir ce pari. Nous avons de la jeunesse et de la matière grise.
 
- Les facteurs de blocage à l’entrepreneuriat sont-ils les mêmes ou ont-ils changé?
- Ce qu’il faut d’abord savoir, c’est que l’intention d’entreprendre est très importante, mais la concrétisation est très faible. Évidemment, le climat général n’encourage pas à entreprendre. Aujourd’hui, un salarié gagne mieux sa vie qu’un entrepreneur. S’ajoute à cela le facteur risque qui demeure élevé. Donc naturellement, la création d’entreprise ne séduit pas. Hormis cela, les incitations de l’Etat restent faibles et l’appareil législatif est toujours très lent. Le crowdfunding a pris 7 ans pour voir le jour, alors que nous ne pouvons pas nous reposer uniquement sur les banques pour le financement. Le capital risque n’est pas assez développé, et les business angels sont encore timides (pas plus de 150 dans le pays). Ces financements alternatifs ont besoin d’incitations fiscales. Enfin, culturellement, le Marocain n’a pas forcément envie de prendre un crédit pour entreprendre. C’est aussi un blocage qui persiste.

Propos recueillis par Tilila EL GHOUARI

                                                                   

Un modèle anglo-saxon pour les écoles 

L’entrepreneuriat devrait-il faire son entrée à l’école? Selon Mehdi Alaoui, oui! Mais cela nécessite de grands bouleversements. «L’enseignement n’a pas changé depuis plus d’un demi-siècle. Ce sont toujours les mêmes méthodes, alors que le monde a nettement évolué. Les enfants ne sont pas forcément épanouis, l’apprentissage se fait par mémorisation et non par l’expérimentation. Cette approche n’est plus valable aujourd’hui», regrette Mehdi. Pour lui, le modèle francophone est révolu, et il est grand temps «de déployer le modèle anglo-saxon à travers lequel les enfants procèdent à des expériences, et évoluent dans un climat sans compétition». «Cela dit, là aussi, il faut que les autorités fassent preuve de courage pour admettre que le système ne fonctionne pas et passer à l’action. De toute façon, nous ne pouvons pas faire pire!», souligne-t-il.

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