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IRESEN: Bientôt une feuille de route pour l’hydrogène vert

Par Tilila EL GHOUARI | Edition N°:6037 Le 22/06/2021 | Partager
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«L’hydrogène vert est une filière à fort potentiel pour le Maroc. Son chiffre d’affaires potentiel et son export peut s’élever dans 15 ans à des centaines de milliards de dollars. Il s’agit d’une grande opportunité pour notre pays, qui a été reconnu parmi les 6 pays les plus prometteurs au niveau mondial», précise Badr Ikken, Dg de l’IRESEN (Ph. Iresen)
«L’hydrogène vert est une filière à fort potentiel pour le Maroc. Son chiffre d’affaires potentiel et son export peut s’élever dans 15 ans à des centaines de milliards de dollars. Il s’agit d’une grande opportunité pour notre pays, qui a été reconnu parmi les 6 pays les plus prometteurs au niveau mondial», précise Badr Ikken, Dg de l’IRESEN (Ph. Iresen)

L’Institut de recherche en énergie solaire et énergies nouvelles (IRESEN) a récemment fêté ses 10 ans. Durant cette décennie, l’institut a réussi à se positionner en référence en matière d’énergies renouvelables sur le continent. «Nous sommes parvenus en peu de temps et avec des moyens limités à capitaliser sur l’expertise de nos enseignants-chercheurs, et à valoriser l’ingéniosité de nos jeunes», se réjouit Badr Ikken, DG. Aujourd’hui, l’institut compte à son actif une centaine de projets collaboratifs «structurants et innovants», ainsi que des plateformes de recherche, au niveau national et continental, à la pointe de la technologie. L’organisme peut se targuer d’avoir créé une réelle dynamique de recherche dans les énergies propres. De nouveaux projets sont en gestation, dont une plateforme de formation, de recherche et d’innovation en hydrogène vert. Entretien.

- L’Economiste: Quel bilan faites-vous de ces 10 ans d’expérience?
- Badr Ikken: L
’IRESEN est aujourd’hui un acteur important de la transition énergétique nationale. Il se positionne sur toute la chaîne de valeur de l’innovation verte, à travers deux instruments: Une agence de moyens qui finance les projets collaboratifs et les projets de R&D appliquée, et un réseau de plateformes de recherche, de formation et d’innovation, développé conjointement avec l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P). L’institut a déjà mis en place trois plateformes de recherche et d’innovation en technologies vertes, le Green EnergyPark; Green & Smart Building Park et le Green Energy Park Maroc-Côte d’Ivoire qui est en cours de finalisation. D’autres projets sont en phase de lancement, notamment une quatrième plateforme, le «Green H2A» dédié à l’hydrogène vert. L’IRESEN a également lancé une vingtaine d’appels à projets de recherche pour identifier et financer des projets de recherche et d’innovation dans le domaine des technologies vertes. Plus de 800 chercheurs ont été financés: 203 enseignants-chercheurs, 479 doctorants et masterants ainsi que 119 ingénieurs au niveau de presque toutes les universités et écoles d’ingénieurs au Maroc. Par ailleurs, le nombre de publications marocaines indexées dans le domaine des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique et des technologies vertes a été multiplié par 15 depuis 2012, avec plus de 1.000 publications scientifiques. L’institut a, en outre, soutenu plus de 22 universités, et 32 brevets ont été enregistrés. Ceci permettra de créer plusieurs entreprises innovantes.  

- L’ambition du nouveau modèle de développementest de faire de l’énergie un levier à même d’enclencher un «choc de compétitivité». Pensez-vous que ce soit réalisable?
- Je voudrais d’abord exprimer ma grande satisfaction quant au rapport du nouveau modèle de développement,qui a placé l’énergie et la recherche& innovation parmi les 5 paris d’avenir du Maroc. Le rapport propose également des ambitions communes, à savoir un Maroc des compétences, durable et inclusif. Il met aussi le doigt sur des éléments très importants, dont la compétitivité énergétique. Ces objectifs sont évidemment ambitieux. Pour y arriver, il faut trois éléments essentiels. Le premier est la gouvernance. Ce que j’interprète sous la forme d’une meilleure coordination et la création de synergies dans la gouvernance,les stratégies et les programmes. Le deuxième est de s’engager davantage dans le déploiement massif des énergies renouvelables, et d’intégrer et de mettre en œuvre rapidement les nouvelles feuilles de route liées à la stratégie de la mobilité durable, l’hydrogène vert et la stratégie des molécules vertes. Enfin, il est important de nouer de forts partenariats à l’international. Pour atteindre ces objectifs, il faut que le Maroc devienne un hub énergétique régional. Ce positionnement nous permettrait d’avoir accès à plus de fonds pour co-financer notre transition énergétique.

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 Le Green Energy Park est la première plateforme de formation appliquée, de recherche et d’innovation dans le domaine des technologies solaires. Lancée en janvier 2017, elle est devenue une référence africaine et accueille chaque année des centaines de stagiaires (Ph. Iresen)

- L’hydrogène vert figure parmi les priorités de l’IRESEN pour les prochaines années. Quels sont vos ambitions dans le domaine?
- Il s’agit d’une filière à fort potentiel pour le Maroc. Le chiffre d’affaires potentiel de l’hydrogène vert et de son export peut s’élever dans 15 ans à des centaines de milliards de dollars. Il s’agit d’une grande opportunité pour notre pays, qui a été reconnu parmi les 6 pays les plus prometteurs au niveau mondial, et l’institut est clairement dans cette dynamique. Notre contribution est orientée développement et renforcement des compétences, et mise en place d’infrastructures de recherche et d’innovation qui pourront servir le monde académique et socioéconomique,afin d’accompagner l’émergence de la filière. Avec l’UM6P, nous travaillons sur une plateforme de formation, de recherche et d’innovation «Green H2A». Cette plateforme sera un centre de recherche de pointe pour l’hydrogène vert et les dérivés,tels que la production d’ammoniaque, du méthanol vert, du diesel et du kérosène synthétique. Cela nous permettra de renforcer les capacités et d’utiliser cette structure comme outil d’accompagnement scientifique et technologique. Par ailleurs, l’IRESEN a, depuis 3 ans, contribué à l’élaboration de plusieurs études sur la maturité technologique, et l’analyse technico-économique de la filière hydrogène vert. La dernière en date a été en partenariat avec des économistes pour la création d’une feuille de route pour l’hydrogène vert. Elle est en cours de validation.

- Le Maroc dispose-t-il des compétences humaines nécessaires pour atteindre ces objectifs?
- Le Maroc a acquis beaucoup de compétences à travers les projets de grande envergure qu’il mène dans le domaine. Dans le secteur de la chimie, nous avons clairement des champions. Dans celui des énergies renouvelables nous avons une expérience reconnue pour le développement des grandes centrales solaires et éoliennes. Nous avons aussi des écoles d’ingénierie et des universités qui forment depuis 10 ans de très bons ingénieurs spécialisés. Il y a évidemment des thématiques plus pointues qui nécessitent une expertise internationale. Sur ce volet, nous pouvons capitaliser sur la diaspora marocaine qui opère dans de grandes structures de recherches ou de grandes industries.
 
- Pensez-vous que le pays soit assez attractif auprès de cette diaspora?
- Nous avons une diaspora compétente mais il faut créer un environnement favorable pour lui permettre de revenir. Il faut l’encourager à s’impliquer dans la formation, la recherche et l’industrie,car elle fait partie des forces vives du pays. Aujourd’hui, un réseautage est à mettre en place. A l’occasion du World Power-to-X Summit prévu en décembre 2021, nous souhaitons mettre en relation les experts marocains du monde avec les centres de recherches et les entreprises marocaines qui souhaitent de plus en plus innover et produire localement. Pour les attirer, nous pouvons aussi mettre en place des laboratoires qui traitent de nouvelles thématiques, telles que le réseau intelligence ou le développement du stockage des batteries.

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Le village solaire qui se trouve au sein de la Green & Smart Building Park  est un véritable laboratoire à ciel ouvert. Fruit de la compétition internationale de construction durable le « Solar Decathlon Africa2019», il a réuni plus de 1.000 étudiants qui ont conçu et construit, en seulement 3 semaines, les 18 maisonnettes qui composent ce village solaire  (Ph. Iresen)

- Le Maroc a suspendu l’accord signé en juillet 2020 avec l’Allemagne pour la production d’hydrogène vert. Ce coup de frein ne risque-t-il pas de ralentir vos projets?
- Depuis 2012, le Maroc et la République Fédérale d’Allemagne, leaders de la transition énergétique dans leurs continents respectifs, ont officialisé un partenariat énergétique stratégique, visant l’échange des bonnes pratiques et d'expériences entre leurs institutions respectives. Cette collaboration a contribué à renforcer les capacités, à accompagner des projets phares de recherche, de formation et de production d’énergie propre au Maroc, tout en consolidant notre rôle de locomotive du changement climatique en Afrique.
La prochaine étape devrait être un rapprochement encore plus stratégique qui permettrait à l’Allemagne d’atteindre ses objectifs ambitieux de décarbonations de son économie d’ici 2040, à travers l’importation d’électricité propre, mais surtout de molécules vertes du Maroc (hydrogène, ammoniac, méthanol, diesel et kérosène synthétiques, etc.). Ceci contribuera à créer énormément de valeur ajoutée pour les deux pays, tant sur le volet de la transition et la compétitivité énergétique que sur le volet du développement industriel. Cette dynamique est aujourd’hui mise en veille, y compris des projets conjoints à fort impact socio-économique. La politique énergétique initiée par Sa Majesté le Roi, est reconnue à l’international et j’espère que ce partenariat fructueux reprendra de plus belle, dès lors que cette coopération d’égal à égal assurera les intérêts respectifs de nos deux pays.

- Un tel projet nécessite des investissements importants. Comment comptez vous rassembler les fonds nécessaires pour y parvenir?
- Nous souhaitons que l’IRESEN devienne d’ici 2030 l’un des centres de recherche les plus importants en Afrique. Pour cela, il faut mobiliser des financements conséquents pour la recherche et l’innovation. Ces financements devraient provenir, d’une part, de l’Etat, mais aussi de la valorisation commerciale des projets. Cela se fera crescendo et servira à financer l’investissement. La 3e source de fonds est l’effet de levier à travers le financement de projets bilatéraux ou multilatéraux à l’international. Lors de ces 10 dernières années, nous avons reçu 250 millions de DH de l’Etat, et nous avons pu lever 520 millions de DH de la coopération internationale et partenaires industriels. 

Propos recueillis par Tilila EL GHOUARI

                                                                                  

Transfert de technologies: Trouver des autoroutes de l’innovation

L’iresen ambitionne de positionner le Maroc en tant que hub technologique et leader continental de la recherche et de l’innovation dans les technologies vertes. Pour cela, il faut mobiliser des ressources humaines et financières et avoir une bonne stratégie. «L’objectif des 10 prochaines années est de passer à un cap valorisation. Nous souhaitons passer de la recherche appliquée et l’innovation à la valorisation commerciale. La clé de voûte pour cela est le transfert technologique. Aujourd’hui, nous avons de l’expertise, de très bonnes idées, de très bons projets au niveau de nos universités et centres de recherche. Il faut maintenant trouver des autoroutes de l’innovation pour le transfert technologique, afin de transmettre ces projets aux entreprises et industriels marocains», explique Badr Ikken, DG de l’IRESEN. L’institut a aussi mis en place des infrastructures de recherches de pointe,telle que le Green Energy Park, le Green & Smart building park, le Green H2A ... qui accompagneront et contribueront à ce transfert technologique. De nouvelles plateformes seront mises en place pour répondre aux priorités nationales et continentales, notamment, les smartgrids, le nexus eau-énergie, la biomasse, l’hydrogène vert... «Ces plateformes vont aussi devenir des instruments d’accompagnement technologique pour nos entreprises et nos industriels dans le secteur des énergies propres. Nous allons contribuer à une meilleure compétitivité technologique de nos entreprises et créer un made in Morocco qui aura du succès, aujourd’hui et dans l’avenir», précise Ikken.
L’IRESEN compte aussi s’appuyer sur son réseau universitaire, sur les experts marocains du monde et s’ouvrir davantage sur l’Afrique. C’est dans cette optique que la plateforme Green Energy Park Maroc-Côte d’Ivoire a été créée. «Elle nous permettra, avec nos partenaires ivoiriens, ainsi que ceux de l’Afrique de l’Ouest, de développer des technologies adaptées à la région et aux conditions climatiques semi tropicales et tropicales», indique le DG de l’IRESEN.

 

 

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