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Les Tendances du Management-Entreprises familiales: Comment les contraintes

Par Taib Berrada El Azizi - Badr Habba - Azzeddine Allioui - | Edition N°:6057 Le 20/07/2021
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Votre rendez-vous Compétences & Innovation s’enrichit d’une nouvelle rubrique «Les Tendances du Management». L’idée est de permettre à nos lecteurs de s’approprier les concepts nouveaux ou émergents  en sciences de gestion, et particulièrement ceux à fortes implications managériales. À cette occasion, L’Economiste vous proposera  une fois par mois une adaptation résumée d’un article scientifique publié par la Revue Management & Innovation (RM&I), 1re revue marocaine en sciences de gestion indexée sur la base de données bibliométriques Cairn. 

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Taib Berrada El Azizi de l’ ESCA École de Management
Badr Habba de l’Université Cadi-Ayyad & ESCA École de Management
Azzeddine Allioui de LAREGO, Université Cadi-Ayyad (Ph. DS)

LA question de la dynamique des investissements est plus décisive au sein des entreprises familiales. Elle conditionne la réussite de leurs processus familiaux et économiques à la fois. Les contraintes pesant sur la politique des investissements des entreprises familiales ont ainsi un effet plus pernicieux que les simples répercussions sur la croissance ou son corollaire la performance comme cela ressort dans le cas des entreprises non familiales majoritairement étudiées. Toute léthargie dans la politique d’investissement rend en effet plus délicate la transmission du contrôle aux autres générations, démotive les successeurs potentiels et altère la capacité tant fondamentale de la régénérescence stratégique de l’entreprise. L’enjeu qui entoure l’étude de l’impact des contraintes financières sur l’investissement des entreprises familiales est d’autant plus décisif quand on considère le poids des entreprises familiales dans quasiment toutes les Economies mondiales. Dans les pays Arabes, presque 90% des entreprises sont familiales et contribuent à hauteur de 60% du PIB. Malgré cette prévalence, l’intérêt pour ces entreprises est resté relativement timide. La majorité des idées dont nous disposons sur les entreprises familiales, leur politique financière, d’investissement et leurs difficultés de financement sont issues des travaux de recherche menées en occident ou dans les pays asiatiques.

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«Dans les pays Arabes, presque 90% des entreprises sont familiales et contribuent à hauteur de 60% du PIB» (Ph. Pixabay)

La problématique de l’investissement des entreprises a donné naissance à corpus d’études et de recherches au niveau mondial mais sans donner naissance à ce jour à des résultats unificateurs quant aux variables déterminantes.  Le manque de clarté dégagé sur le véritable poids que joue le financement dans la stimulation des politiques d’investissement des entreprises a alimenté les débats sur la nature des politiques de redynamisation à adopter par les pouvoirs publics. Autrement dit, face à l’enjeu décisif de relancer l’investissement des entreprises, les pouvoirs publics devraient-ils renforcer prioritairement le dispositif de financement au cas où le niveau d’investissement s’expliquerait essentiellement par les possibilités de financement offertes aux entreprises ou devraient-ils plutôt concentrer leurs efforts, dans une première phase, sur les actions de sensibilisation et d’information des dirigeants des entreprises en vue de les aider à disposer d’une vision claire de leur politique de financement au cas où les problèmes d’investissement seraient expliqués par la défiance que développent certains dirigeants à l’égard des marchés financiers et des financements bancaires par crainte de perdre leur autonomie ou leur contrôle. De ce point de vue, nos recherches ont montré que ce débat s’applique plus au cas des entreprises familiales dont la politique d’investissement semble significativement dictée plus par des considérations culturelles et de pouvoir que de possibilités d’accès au financement externe. 

La particularité phare des entreprises familiales tient à la nature de leurs objectifs fondamentalement imprégnés par le poids des intérêts de la famille détentrice du contrôle. Les soucis des dirigeants manifestent prioritairement une volonté de préservation du contrôle de la famille, de pérennisation du patrimoine et de la réussite de la succession au sein du cercle familial.  Les objectifs propres à la rentabilité sans être négligeables sont moins pressants. La préservation du contrôle de l’entreprise et sa transmission entre les générations sont la principale raison d’être du management familial; elles conforment les décisions prises et le degré d’ouverture sur les possibilités offertes par l’environnement externe. 

Ces spécificités ont tout d’abord justifié l’idée de l’existence d’une plus forte contrainte financière pour les entreprises familiales. Les actionnaires familiaux tiennent tant à garder les affaires et les secrets en famille. Cette attitude agit comme un facteur d’aggravation du risque perçu par les banques et les associés potentiels et accentue leur asymétrie informationnelle. Paradoxalement, dans un tout autre registre, on affirme que ce même contrôle familial joue plutôt un facteur de renforcement en faveur de ces entreprises du fait que la réputation de la famille, l’engagement des actionnaires familiaux et les mécanismes de gouvernance familiale s’activent comme un dispositif rassurant aux yeux des partenaires et devraient plutôt avantager les entreprises familiales par rapport à leurs comparables. 
Il nous semble que ces idées ne sont pas irréconciliables. Nous défendons l’idée que les situations dans les entreprises familiales ne sont pas figées et dépendent de la morphologie spécifique à chaque entreprise et du degré de maturité de sa gouvernance.  La réalité conforte cette thèse puisque à côté des entreprises familiales qui peinent à dépasser des problématiques quotidiennes de de trésorerie et sont quasiment rationnées par les marchés financiers, il existe des entreprises familiales qui réussissent, qui surperforment leurs ex aequo au niveau de la rentabilité, qui sont aujourd’hui de plus en plus cotées et s’appuient sur cette logique d’ouverture pour renforcer encore plus la robustesse de leur contrôle familial. 

Les résultats obtenus (voir l’encadré pour la fiche méthodologique) ont laissé ressortir des résultats ambivalents. Il est apparu que les grandes entreprises à la fois familiales et non familiales manifestent un comportement quasi-similaire. Cette ressemblance de la réaction témoigne de l’existence d’un conformisme financier de la part des grandes entreprises familiales.  Cette idée du conformisme signifie que plus l’entreprise familiale grandit, plus ses investissements seraient rattachés à ses possibilités rationnelles de financement et tend à se comporter à l’instar des autres grandes entreprises non familiales. Cette thèse est tout à fait logique si l’on considère que plus l’entreprise familiale grandit et dure dans le temps, plus le contrôle migre entre les mains des jeunes générations ayant moins d’attachement émotionnel à l’entreprise et plus enclines à développer une décision plus émancipée que leurs prédécesseurs.  La taille des grandes entreprises familiales semble ainsi être un signal de la qualité de leur gouvernance et agit comme le signal d’une gouvernance raisonnée. La grande taille devient alors un levier favorable de leur réputation sur les marchés financiers et consolide leurs possibilités de financement externe. 

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Il est aussi apparu que les entreprises familiales moyennes reflètent de manière singulière une forte sensibilité de leur investissement plus au niveau des liquidités détenues qu’au niveau des cash-flows, ce qui n’a pas été manifesté dans le cas des entreprises moyennes non familiales.Ce résultat renvoie à l’idée de l’importance relative du poids des liquidités dans la stratégie financière des entreprises familiales. Il corrobore la spécificité de la vision des dirigeants d’entreprises familiales moyennes pour lesquels la consolidation du niveau de la trésorerie augmente d’une part leur pouvoir discrétionnaire sur leur politique d’investissement et leur flexibilité financière et leur permet de l’autre d’échapper au contrôle des marchés financiers, de préserver leur autonomie et surtout de déployer leur vision de création de la valeur sur un horizon à long terme dans une finalité de transmission aux autres générations. Cette manœuvre leur a probablement permis d’investir plus que leurs comparables non familiales sur la période allant de 2009 à 2015 et surtout lors de la période post crise de 2009.   

La lecture des résultats obtenus permet d’en tirer plusieurs implications. D’abord, elle conforte l’idée que la spécificité des décisions financières des entreprises familiales tend à s’estomper lorsque ces entreprises deviennent grandes. Ce constat, au demeurant original dans le contexte culturel du Monde Arabe, se justifie par le fait que plus l’entreprise familiale devient grande, plus elle se professionnalise et plus s’éclaircit l’interface entre la famille et l’entreprise. Ce constat est fondamental pour la stratégie menée par les pouvoirs publics pour encourager les entreprises familiales à s’introduire en bourse. Il montre que toute action dans ce sens devrait dans un premier temps insister sur la professionnalisation de la gouvernance des entreprises cibles comme préalable à l’ouverture de leur capital. Ensuite, notre étude conforte l’interprétation de la plus forte sensibilité financière de l’investissement manifestée par les moyennes entreprises familiales et non familiales comme étant le signe d’une contrainte de liquidité plus forte dans leur cas plutôt que la manifestation d’une adversité plus forte à l’égard du financement externe de la part de leurs dirigeants.

Enfin, notre étude a été aussi intéressante puisqu’elle montre que face au poids des contraintes financières, les entreprises familiales moyennes réagissent et rattachent leur investissement à leurs liquidités. Leur politique financière, la forte rétention des bénéfices qui la caractérise, sont révélatrices d’une volonté d’atténuer l’impact des contraintes financières et de préserver au maximum la continuité de leur politique d’investissement. Ce constat est intéressant dans la mesure où il contribue à améliorer notre compréhension des facteurs de la plus grande résilience des entreprises familiales.

Fiche méthodologique

LES tests empiriques ont été menés sur un échantillon incluant 337 entreprises dont 151 sont familiales. Les entreprises étudiées sont toutes cotées en bourse durant toute la période étudiée. Les entreprises de l’échantillon sont issues de 13 pays arabes et représentent 10 secteurs d’activité. En vue d’affiner notre étude et d’améliorer la compréhension de la sensibilité financière de l’investissement des entreprises familiales, nous avons opéré les tests empiriques en introduisant en plus du caractère familial du contrôle, la taille des entreprises ; celle-ci étant un proxy pertinent du degré de leurs contraintes financières. L’étude de la sensibilité financière de l’investissement suppose que le fait qu’une entreprise relie significativement ses investissements au financement interne témoigne de sa soumission plus accrue à une difficulté d’accès au financement externe.

(1)  Cet article est une adaptation résumée de l’article scientifique publié dans le numéro de Revue Management & Innovation (RM&I) n° 2 du mois d’octobre 2020.

En partenariat avec

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