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Relance post-Covid: Le FMI prône une reprise transformatrice

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:6119 Le 22/10/2021 | Partager
Chômage, protection sociale fragile… la pandémie a mis en évidence les difficultés structurelles dans la région MOAN
La poussée inflationniste récente appelle à une vigilance particulière
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Pour Jihad Azour, directeur du département Moyen-Orient et Asie centrale du Fonds monétaire international: «En 2021, l'économie marocaine devrait renouer avec la croissance. Cependant, la reprise économique prendra du temps. Car le tourisme n'a pas encore complètement récupéré et les perspectives d'investissement du secteur privé restent faibles…» (Ph. AFP)

La fragile reprise se poursuit. Le PIB réel dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MOAN) devrait augmenter de 4,1% en 2021 comme en 2022, après la brusque contraction de l’an dernier. Dans la région Caucase et Asie centrale (CAC), le PIB réel devrait augmenter de 4,3% en 2021 et de 4,1% en 2022. Les données disponibles pour le premier semestre 2021 indiquent que la reprise se maintient malgré les nouvelles flambées épidémiques. Cependant, la reprise est inégale et incomplète, et de nouvelles difficultés se font jour, comme l’indique le FMI dans ses perspectives économiques régionales (Moyen-Orient et Asie centrale-Octobre 2021): «Les arbitrages d’aujourd’hui portent les transformations de demain».  

Dans cet entretien,  Jihad Azour, directeur du département Moyen-Orient et Asie centrale du Fonds monétaire international, revient sur les principaux enjeux.

- L’Economiste: La crise sanitaire a donné aux pays de la région MOAN (Moyen-Orient et Afrique du Nord) l’occasion de repenser leurs politiques économiques et sociales. Selon vous, quels sont les enseignements à tirer de cette pandémie et quels sont les moyens de consolider la reprise?
- Jihad Azour:
La sortie de la crise, qui prend actuellement de l’ampleur, ouvre la voie à en faire une reprise transformatrice qui pourrait aboutir à ériger un nouveau modèle de développement pour la région. Modèle qui contribuerait à rendre la reprise plus forte et placerait les économies de la région sur la trajectoire d’une croissance plus durable et inclusive. D’une part, la pandémie a mis en évidence les difficultés structurelles de longues dates rencontrées par la région, à l’instar du chômage élevé des jeunes, des faibles taux de participation des femmes à l’activité économique, des dispositifs de protection sociale fragiles, ainsi que de larges et inefficients secteurs publics. La résolution de ces problèmes aiderait la région à sortir renforcée de la pandémie. En effet, pour bon nombre de pays de la région, la crise a été un accélérateur de tendances mondiales, à l’instar de la transformation numérique. A titre d’exemple, les autorités jordaniennes ont déployé des transferts financiers au profit des travailleurs non déclarés en s’appuyant sur le programme Takaful, qui a entièrement dématérialisé l’ensemble du processus, y compris l’inscription et l’ouverture d’un portefeuille électronique.
De même, au Pakistan, les transferts d’urgence ont été effectués via les points de retrait existants pour le programme phare Ehsaas, qui comprend des opérations bancaires sans succursale et des distributeurs automatiques avec reconnaissance biométrique.

- Plusieurs institutions s’attendent à un rebond de la croissance marocaine. Il faudrait espérer donc un rattrapage rapide. Quels sont vos pronostics?
- En 2021, l'économie marocaine devrait renouer avec la croissance, alors qu'elle rebondit après la grave sécheresse et la pandémie. Cependant, la reprise économique prendra du temps (le PIB ne revenant aux niveaux d'avant la crise qu'au premier semestre de l'année prochaine), car le tourisme n'a pas encore complètement récupéré et les perspectives d'investissement du secteur privé restent faibles (les entreprises sortent de la pandémie avec une dette plus élevée et les banques doivent se prémunir contre une augmentation des créances douteuses et, en même temps, financer des besoins de financement accrus du secteur public). Ces perspectives restent sujettes à une incertitude importante, et tandis qu'une durée plus longue de la crise sanitaire continue de présenter des risques à la baisse, il existe également des risques à la hausse associés à un rebond plus rapide de l'investissement (également grâce au nouvel élan des réformes structurelles).

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La sortie de la crise ouvre la voie à une reprise transformatrice qui pourrait aboutir à ériger un nouveau modèle de développement pour la région (Ph. AFP)

Les réformes prioritaires

- Dans quels domaines faut-il accélérer les réformes?
- La région doit se préparer à ouvrir un nouveau chapitre en investissant dans une reprise transformatrice. Cela suppose de:
• Revoir le rôle de l’État: Recentrer l’action de l’État sur des secteurs clés comme la santé, l’éducation et de la protection sociale. En parallèle, il est essentiel de revoir en profondeur le mandat des entreprises publiques et leur gouvernance ainsi que de réformer la réglementation pour renforcer l’environnement concurrentiel. Ceci permettrait de recenser et de réduire les risques budgétaires tout en favorisant l’innovation et la croissance dans le secteur privé.
• Investir dans le digital et les technologies numériques: Le déploiement à plus grande échelle des technologies numériques, qui ont joué un rôle majeur dans la riposte à la crise, contribuerait au développement de nouveaux secteurs porteurs et permettrait à la région de rester compétitive sur la scène mondiale.
• S’attaquer aux questions des changements climatiques: Investir dans des technologies résilientes aux changements climatiques permettra de répondre à une menace existentielle et de créer de nouvelles possibilités d’emploi. Ceci nécessiterait une action urgente des pouvoirs publics et une coopération à l’échelle régionale.

- La Banque mondiale a décidé de mettre un terme à la publication du rapport sur la réglementation des affaires (Doing Business). Toutefois, cela n’empêche pas les pays, en particulier ceux de la région MOAN, de continuer à améliorer le climat des affaires. Quelle est votre analyse?
- La pandémie est une excellente occasion pour les pays de repenser le rôle de l’État et de promouvoir un secteur privé dynamique. Il est essentiel de revoir en profondeur la finalité des entreprises publiques, qui ont un poids important dans la région, et leur gouvernance ainsi que de réformer la réglementation pour promouvoir le jeu de la concurrence. Ceci permettrait de recenser et de réduire les risques budgétaires tout en favorisant l’innovation et la croissance dans le secteur privé. Des réformes du marché du travail pourraient accompagner ce processus en réduisant la protection excessive des emplois dans le secteur public et en facilitant la création d’emplois de qualité dans le secteur privé.

Propos recueillis par Fatim-Zahra TOHRY

                                                                

Des politiques globales et des synergies

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Les prévisions du FMI tiennent compte notamment d’une saison agricole meilleure que prévu et du déroulement de la campagne de vaccination contre la pandémie. Sur la photo, des Marocains attendent leur tour devant un centre de vaccination Covid-19, dans la ville de Salé, le 5 octobre 2021  (Ph. AFP)

Comment assurer une reprise aussi efficace que possible? Pour Jihad Azour, les politiques publiques doivent être globales et tirer partie des synergies. Il s'agit ainsi de:
■ Accélérer l’acquisition et la distribution de vaccins. Une opération qui reste «la priorité absolue à court terme pour sauver des vies, favoriser la reprise et éviter creusement des inégalités». Une forte coopération mondiale et régionale sera indispensable pour atteindre cet objectif.
■ Concilier les mesures de soutien à court terme et les efforts déployés pour préserver la stabilité macroéconomique et financière. Et cela, «à travers un meilleur ciblage du soutien budgétaire tout en veillant à ce que la dette publique reste soutenable». L'expert estime que «la poussée inflationniste récente appelle à une vigilance particulière, et les banques centrales devraient envisager un relèvement  préventif des taux d’intérêt en cas d’un retour durable de l’inflation, afin d’éviter un désencrage des anticipations inflationnistes». Il sera ainsi indispensable d’améliorer le cadre institutionnel de l’action publique pour limiter les arbitrages en renforçant la crédibilité des politiques économiques. «En outre, un retrait progressif du soutien au secteur financier, en étant attentif à éviter les faillites tout en privilégiant un soutien aux entreprises viables, est essentiel pour stimuler le secteur privé, poursuit-il.
■ Investir dans un avenir meilleur et plus inclusif contribuerait à créer de nouveaux emplois pérennes pour les générations futures et à bâtir des secteurs privés dynamiques et concurrentiels à l’échelle mondiale. Pour ce faire, indique Jihad Azour, «il est essentiel de renforcer les secteurs de santé, d’éducation et de protection sociale mais aussi de bien exploiter les tendances mondiales, en investissant, par exemple, dans les technologies numériques et dans la croissance verte».

                                                                   

De bons pronostics pour le Maroc

Après une année 2020 difficile (-6,3%), la croissance de l’économie marocaine devrait se consolider avec des projections allant de 5,7% en 2021 pour se situer à 3,1% en 2022. A long terme, elle avoisinerait environ 3,4% en 2026, selon les pronostics du FMI qui a publié le 12 octobre ses perspectives économiques mondiales (cf. notre édition N° 6113 le 13/10/2021). Le Fonds monétaire revoit donc à la hausse ses pronostics puisqu’il tablait en avril dernier sur des taux avoisinant les 4,5% en 2021 et 3,9% en 2022. Ces prévisions tiennent compte notamment d’une saison agricole meilleure que prévue et du déroulement de la campagne de vaccination contre la pandémie. Le Maroc figure parmi les pays qui ont pris plusieurs mesures pour faire face à la crise sanitaire, a toujours assuré l’équipe du FMI dans ses évaluations. En effet, il est cité dans le rapport sur les perspectives régionales parmi les pays qui ont bien avancé dans leurs campagnes de vaccination, fait partie de ceux qui ont élargi les mesures d’urgence, conformément à l’espace budgétaire dont ils disposaient et connaît une reprise plus lente des voyages et du tourisme. Le Royaume a en outre adopté des mesures dans un large éventail de domaines pour soutenir les entreprises et les travailleurs. Aussi, il a instauré un système centralisé d’enregistrement numérique des personnes vaccinées et a créé un portail Internet unifié afin de mieux adapter la fourniture des services publics aux besoins des citoyens, d’améliorer la transparence et de faciliter les gains d’efficience. Le pays a créé des dispositifs de transferts monétaires ciblés s’appuyant sur l’innovation financière et l’essor du numérique. La persistance des piètres résultats des entreprises publiques renforce la nécessité de réformes de la gouvernance et de la gestion des risques budgétaires, axées sur l’amélioration des résultats et de la communication de ces entreprises, ainsi que sur la surveillance et l’évaluation des risques budgétaires par les pouvoirs publics par exemple, comme le Maroc l’a fait avec succès.
Le FMI a accordé 3 milliards de dollars d’une ligne de précautions et de liquidités (LPL) qui a permis au Royaume, «non seulement de renforcer sa liquidité mais aussi de donner un signal fort au marché». Dans le cadre de l’allocation par le Fonds de droits de tirages spéciaux (DTS) d'un montant équivalent à 650 milliards de dollars, afin d'accroître les réserves en liquidités de ses pays membres, le Maroc a bénéficié d’une tranche qui «va permettre de renforcer la liquidité, améliorer les réserves et lui permettre aussi de faire face aux séquelles de cette crise».

 

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